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PRESSE
Neufchâteau : Edition Welrich
du 06 janvier 2004
La féerie de Noël
Ce nest pas un artiste, cest un phénomène !
Il débarque chez vous (si vous le lui avez demandé), ouvre
son coffre, décoince tous ses camions empilés les uns dans
les autres, chipote un peu avec des rouleaux qui ont lair de voler
dans ses mains, mélange de la peinture, ajoute de leau avec
une petite boîte de conserve et fonce droit sur la vitrine quil
va décorer. Il cest Jean-Marie Lesage, on ne
sait dailleurs pas si cest un homme comme tout le monde ou
un véritable courant dair
toujours est-il quil
ne faut pas se trouver sur son passage quand il exerce son art. Il se
déplace comme le vent, pose une première couche de blanc.
Il vient darriver au café de La Liberté, José
et Marie-Anne font appel à lui depuis huit ans. Les patrons ignorent
ce quil va peindre. Tous les clients ont les yeux rivés sur
les vitres derrière lesquelles ils voient tout à lenvers.
Bien quune année, il ait poussé le jeu jusquà
peindre pour que ce soit fini des deux côtés. José
a encore la photo de ce travail exceptionnel. Marie-Anne enlève
les petits rideaux comme tous les ans.
Le blanc est en partie pour décorer et en partie pour constituer
un fond. Parce quexplique Jean-Marie, aujourdhui les
peintures ne valent plus rien . Il passe au rose.
Ce boulot, il le fait depuis 1968. Quel bail! Il va partout, à
Charleroi, à Liège, à Marche, descend vers Virton,
il narrête pas. Avant, cétait le bon temps, les
gens faisaient décorer les vitrines pour Pâques, pour le
carnaval, la Saint-Nicolas, les fêtes. Aujourdhui, crise oblige,
il travaille surtout pour les fêtes de fin dannée.
Il commence sa saison juste avant la sortie du beaujolais nouveau. Dans
les grandes villes, il peint régulièrement une trentaine
de vitrines par jour (un peu la nuit aussi) et chaque fois cest
différent. Il peint tout ce qui lui passe par la tête et
qui est en rapport avec le moment, mais parfois des clients demandent
des trucs impossibles.
Une année il a peint toute une bande dessinée de Frankin
sur des vitrines. Le papa de Gaston Lagaffe avait fait un scénario
en noir et blanc
et on pouvait reconstituer lhistoire en allant
photographier chaque vignette et en mettant toutes les photos côte
à côte. On ne lui avait toutefois pas dit que les dessins
étaient en noir et blanc et quil devrait prendre à
sa charge la mise en couleur ! Il nen est pas mort pour autant et
a continué à jouer du rouleau sur le verre, quil ne
faut surtout pas nettoyer à lammoniaque, sinon cest
la fin des haricots. Il passe au vert.
Des patrons de café lui demandent aussi de peindre le client qui
est accoudé au comptoir. Des complices lont fait asseoir
là, juste où il faut et singénient à
ce quil ne bouge pas. Tout le monde est au courant
sauf lui.
Cest une blague qui marche à tous les coups. Il passe au
rouge. Les pinceaux ne valent plus rien. Avant, jutilisais
des pinceaux de lettreurs, mais il ny a plus de lettreurs ! Alors,
je suis obligé de peindre au rouleau.
Il nest pas rare quun cafetier lappelle pour un petit
dessin et quà son arrivée on lui demande de peindre
Boule et Bill, et pas autre chose. Alors, il doit trouver de la documentation.
Cest un vrai métier de fou ! Une année, il est allé
au Canada pour peindre sur un nombre invraisemblable de vitrines avec
tout ce quil fallait pour une campagne électorale (il faudrait
lancer la mode ici !). Il est revenu pour décorer les Galeries
Anspach : deux étages ! Pour le bas, on lui a donné une
échelle et pour le haut, il a dû tout faire à lenvers.
On aurait pu le prévenir ! Il passe au noir, grimpe sur son tabouret,
colle le nez à la vitre pour fignoler au pinceau dont la moitié
des poils manquent. Comment il fait ?Il saute dans son break et il est
parti ! Une année José a chronométré, il avait
mis 12 minutes. On se frotte les yeux. Franchement, sil ny
avait les dessins
on se demanderait si on la vu, ou si on
a rêvé !
B. H.
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